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"Dance à Beurss" (extrait)

David Chevallier : PYROMANES

1 CD LABEL OUÏE 3 760090 810046 (DISTRIBUE PAR ABEILLE MUSIQUE)

Personnage discret, oeuvrant notamment à l'ombre des formations de Laurent Dehors et de Patrice Caratini, David Chevallier n'avait publié jusqu'ici que Migrations (parrainé en 1992 par Daniel Humair et déjà avec Yves Robert), Noisy Business (avec toujours Yves Robert). Formé à la discipline de la guitare classique, il a abordé le jazz par les guitaristes du catalogue ECM (principalement Pat Metheny et Ralph Towner).

Au contact du clarinettiste et saxophoniste Laurent Dehors, ses formations se sont teintées d'un humour et d'une insolence qu'illustrent ses choix orchestraux aux allures festives et ses affinités électives pour les adeptes du folklore imaginaire: Yves Robert (trombone), Michel Massot (tuba), Denis Charolles (brocante percussive), Christophe Monniot (saxophoniste complice de Charolles au sein de la Campagnie des musiques à ouïr, ici invité sur deux titres), David Chevallier ajoutant le banjo à sa panoplie de guitares acoustiques ou très électriques.

L'humour et le festif ne servent jamais d'excuse au relâchement esthétique et ne sont qu'une composante d'un farouche refus des académismes de tous bords, y compris ceux que l'on pourrait aujourd'hui déduire de l'influence de Marc Ducret (déjà ancienne) ou de Tim Berne,
Son goût pour la belle mélodie et pour une luxuriance des timbres susceptible de réconcilier les ellingtoniens et les zorniens les plus ouverts cristallise une indéfectible indépendance d'esprit que servent des instrumentistes et improvisateurs d'exception.

FRANÇOIS MARINOT (Le Monde de la Musique - Nov. 04)

 

"Chevallier à brides abattues"

Le quartette Pyromanes met le feu ce soir à la Java.

Furieusement électrique à sept cordes ou doublement acoustique à douze, ce ne sont pas les guitares (ni le banjo) qui pourraient mettre en veilleuse la singularité du discret mais prégnant David Chevallier dans le milieu du jazz contemporain.Initié aux rigueurs classiques du conservatoire et dévergondé par l'espiègle Laurent Dehors, ce fin gourmet de timbres, hardi pratiquant de longue date chez ce dernier ou chez Patrice Caratini, libère sa bulle d'imaginaire à coups de cordes écorchées ou fignolées, sans que l'écriture ne brise jamais l'élan musical, en compagnie de son quartette Pyromanes, dans un album éponyme tout frais. Une sacrée bande d'allumeurs éclairés, tous mués par une poésie spontanée dont l'identité se décline comme suit : Michel Massot, tubiste créatif, Yves Robert, tromboniste pulpeux, et Denis Charolles, incomparable batteur hors normes qui, aux commandes de sa "percuterie", mouille aussi la chemise pour sa Campagnie ("avec un a comme campagne") des musiques à ouïr. A cette triangulaire d'improvisa-teurs de foi sans loi, se joint le poly-souffleur dissident Christophe Monniot (autre tiers de la Campagnie), sur deux titres de l'album et pour le concert de ce soir, où le cor de François Bonhomme est aussi invité. Pour se laisser conduire là où les oreilles mettent rarement les pieds. Tripant.
  Dominique QUEILLE

 

David Chevallier & Pyromanes

David Chevallier (guitares, banjo), Yves Robert (trombone), Michel Massot (tubas), Denis Charolles ( batterie, ustensiles et autres instruments)


David Chevallier © H. Collon

 

Samedi 16 octobre 2004 à la Maison de Radio-France, David Chevallier présentait la quasi intégralité de son dernier disque, dans les bacs depuis la veille. Inutile de dire que pour apprécier cette musique souvent exigeante, la performance scénique est une entrée en matière des plus adéquates.

Les Pyromanes sévissent tous ensemble depuis presque cinq ans - que fait la police ? - mais leurs premières rencontres musicales remontent à des temps plus anciens. Chevallier, Massot et Charolles furent ou sont toujours des membres actifs de Tous Dehors, le big band de Laurent Dehors ; et le premier a également joué sur quelques réalisations d’ Yves Robert. La géométrie et le son du groupe, à forte coloration cuivrée et peu ignifugée, peuvent évoquer les disques de Marc Ducret au début des années 90, comme « Gris » ou, mieux, « News from the Front » (avec Yves Robert déjà). Néanmoins ce serait faire preuve de superficialité, à la limite du contresens musical, que de se cantonner à une telle identité formelle.
En concert, David Chevallier est aussi un guitariste spectaculaire - avec un choix de vêtements plus conventionnels, il est vrai - qui vit sa musique et fait partager son plaisir au public par un subtil jeu de grimaces. Mais son approche de l’instrument diffère un peu de celle de Ducret. On peut être surpris par l’apparente absence de direction dans le groupe, et même par une certaine discrétion musicale de Chevallier au sein de l’ensemble. En d’autres termes, c’est une sorte d’anti « guitar-hero » (pathologie dont on ne saurait accuser le beau Marc...) ; il délaisse le centre et les lumières de la scène pour une présence plus diffuse mais néanmoins fondatrice. Cette attitude est en étroite imbrication avec son style très singulier, fortement imprégné des techniques de la guitare classique mais aussi d’énergie rock. Même lorsqu’il joue des thèmes ou qu’il improvise, on sent la recherche permanente de la construction harmonique. En somme, David Chevallier propose à la quadrature de la guitare (accords ou notes ?), une solution personnelle fort séduisante, même s’il ne s’agit pas de la toute première.

Michel Massot © H. Collon

Les trois autres musiciens, dont on ne rappellera jamais assez le talent immense, parachèvent l’aventure, avec un côté fanfare plus léger, bien différent de l’univers « ducrétien » parfois si sérieux : la batterie déglinguée de Charolles est capable des grooves les plus enflammés et carrés, ou, au contraire de climats percussifs exotiques. Le son des cuivres fait merveilleusement écho à la guitare, qu’elle soit électrique à 7 cordes ou acoustique à 12. Une telle alliance, a priori improbable, peut réconcilier tous les déçus de la guitare en jazz contemporain.

Denis Charolles - David Chevallier
© H. Collon

Sur les onze plages du disque, n’importe quel amateur de jazz trouvera à un moment donné son bonheur et, s’il est un tant soit peu averti et aguerri, se régalera intégralement. « Paris-Chartres » ressemble à un voyage imaginaire où la vision des plaines de Beauce évoquerait un désert de sable au Moyen-Orient. Le riff de « Una cosa facile » devient un leitmotiv que l’on se surprend à entendre même lorsqu’il disparaît dans les improvisations. Sur « Les chats et le soleil », Chevallier introduit un motif burlesque au banjo, façon western, qui donne lieu à un morceau plutôt enjoué. « La cinquième saison » suit directement, avec des harmoniques minimalistes à la guitare, juste deux petites notes qui donnent pourtant une épaisseur considérable à chaque accord. La partie de cuivre solo confère à cette ballade une intensité émotionnelle rare. Christophe Monniot fait une apparition sur le remuant « Stéréotypes solitaires », un des morceaux les plus faciles de l’album (ce qu’il ne faut pas voir comme un reproche).
Avec « Les folies de Cécile » on tient sans doute le meilleur moment du disque. Batterie et guitare sonnent âpres, très rock ; puis survient le thème à l’unisson corde/cuivre, simple mais entraînant. Le passage qui suit évoquera le morceau « Jeune fille avec un pull gris » de « Gris » : Chevallier plaque de beaux accords cristallins qui deviennent la charpente d’un refrain sans fin à la « Hey Jude », où Yves Robert atteint des sommets d’expressivité.

Il faut plus d’une écoute pour s’imprégner de la musique des Pyromanes mais ce disque agit comme un feu de sodium : il suffit d’une seule petite émotion pour embraser, de manière incontrolâble, l’âme de l’auditeur.

Julien Lefèvre - CitizenJazz


Pyromanes © H. Collon

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David Chevallier s'est entouré pour ce projet de trois musiciens hors pairs : Yves Robert, tromboniste funambule unique en son genre, Michel Massot le tubiste tout aussi original, poète virtuose et bête de scène, et enfin Denis Charolles, batteur de Tous Dehors, du trio de Laurent Dehors, et qui ne cesse de réinventer son instrument, pour la plus grande joie de nos yeux et de nos oreilles.

"Pyromanes en effet. D’aucuns vont même jusqu'à affirmer qu'un jour leur prestation incandescente a failli mettre le feu au podium… Guitariste atypique, tantôt soliste délicat, tantôt sculpteur de masses sonores, David Chevallier est connu surtout comme partenaire de longue date du saxophoniste Laurent Dehors. Force structurante de la formation, il ne fait jamais étalage de son talent de manière gratuite. La générosité, le charisme du tubiste Michel Massot et du tromboniste Yves Robert les ont rendus indispensables sur la scène improvisée européenne. Quant au batteur Denis Charolles, il est tout simplement unique ! Des personnalités fortes qui, en concert, s'écoutent les uns les autres avec assiduité. Vu leur inépuisable esprit d'invention, le terme de "jazz" paraît par trop restreint pour qualifier leur musique."


David Chevallier - Michel Massot - Denis Charolles - Yves Robert