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Bonus

 

Le bruit d'une plume grattant une feuille de papier, le scintillement des harmoniques du quatuor à cordes (on pense aux poèmes de Mallarmé mis en musique par Ravel), puis la guitare acoustique qui pose quelques accords froids et monotones avant que n'entre le chant : "Toi, sourire diapré sur la glace des neiges..."

D'emblée, la musique entre en sympathie avec la poésie de Cesare Pavese, et cela ne sera jamais démenti tout au long de ce cycle de mélodies sur La mort viendra et elle aura tes yeux.

Rares sont les musiciens dits de jazz, ou de musiques improvisées, à s'attaquer à des formes vocales de cette ampleur. Le pari est relevé avec brio par l'ensemble Octoplus, la chanteuse Elise Caron et un fabuleux quartette d'improvisateurs constitué, outre du guitariste David Chevallier, du tromboniste Yves Robert, du tubiste Michel Massot et du batteur Denis Charolles. L'écriture et l'instrumentation chatoyante de David Chevallier laissent, certes, entrevoir d'hypothétiques influences (Uncle Meat de Zappa, l'orchestre de chambre du Tour d'écrou de Britten, par exemple), mais cela ne diminue en rien la clarté de ses longues lignes vocales ni la remarquable continuité du fil poétique à travers des climats très divers.

Il faut souligner aussi la fantaisie et le tact irréprochable avec lesquels les quatre musiciens de "jazz" se glissent dans l'ensemble "classique" rendant ainsi cette distinction arbitraire.

Nicolas Brémaud - Le Monde de la Musique

 

 

SI le jazz en littérature a souvent la côte, l’aspect littéraire dans le jazz reste rare. Peut-être à cause d’un chef d’œuvre, le Anna Livia Plurabelle de James Joyce orchestré par André Hodeir (à quand la réédition du vinyl paru à l’époque chez Epic ?) que le guitariste Gérard Marais eu la bonne idée de réenregistrer il y a déjà quelques temps. Coïncidence ? C’est un autre guitariste, David Chevalier qui, aujourd’hui, s’empare d’une œuvre littéraire, les poèmes de Cesare Pavese pour proposer une discursive plongée dans le rythme musical et la scansion. Elise Caron offre sa voix aux textes de l’auteur du Bel Eté maniant, dans son timbre, et fidèle en cela à la poésie de Pavese,lyrisme, ironie et ce sens inné du « never more », expression si peu latine mais qui colle si bien aux ambiances qui traversent les textes tous extraits de La mort viendra et elle aura tes yeux de celui qui se donna la mort en 1950 à Turin.

Musicalement, Chevalier compose là, de manière fort contrapuntique une sorte de « tombeau » au sens musical du XVIIIe : récitatifs, psalmodies, harmonies de quarte, la structure musicale des pièces flirte bien souvent avec des territoires que d’aucun qualifierait volontiers de « non jazziste » (mais déjà en son temps, André Hodeir…) en mêlant à l’envi des pointures de l’impro (le tromboniste Yves Robert, Denis Charolles aux percus) et des musiciens plus aguerris dans la musique de chambre (Annabelle Levillain au violon) et de l’ars nova (basson, cor, haubois). Le lied romantique (In the morning you always come back) laisse parfois la place à des réminiscences d’un trois temps de Kurt Weil (Hai un sangue), au happening free (le superbe échange trombone voix qui ouvre Dopo morte) pour, in fine, revenir à des échos de swings (Come erba viva) et un fort bel achèvement d’un mélancolique blues qui n’oserait avouer son nom (Last blues to be read someday) Un disque qui rentre difficilement dans les cadres du formatage (contemporain ? jazz ?) et nous invite à une superbe échappée

Claude Martino - La Marseillaise

 

"THE REST IS SILENCE" est une commande. Une commande devenue une oeuvre de la limpidité. Elle met en musique le recueil de poèmes "La mort viendra et elle aura tes yeux" de Cesare Pavese (à qui jadis le duo Aldo Romano-JF.Jenny-Clark avait consacré un album aujourd'hui introuvable). Et les compositions de David Chevallier résonnent de cette même simplicité qui conduit les rimes du poète italien. "Tu es la vie et la mort " . Tu es venue en Mars sur la terre nue - et ton frisson dure." (Hai un sangue).

Pas un mot de trop, pas une note inutile, pas un timbre de voix, de trombone, de guitare, de bois, de cordes, pour rien. Et le trombone, et la guitare, l'ensemble de tous, sont justes en tout, note et respiration. Ils portent des mélodies balayées par tous les vents. Le blues suave joue avec les trilles d'une musique volée à Stravinsky ; les assonances de Villa-Lobos suivent le tracé des violons de Bruckner (Dopo la morte) et le tout tisse des couleurs dans lesquelles on glisse jusqu'à un doux bouleversement.

Et puis, la voix d'Elise Caron ensorcelle et enlace tant et tant qu'elle devient familière. Soudain, on la connaît depuis si longtemps. Et on sursaute de bonheur en bonheur, à la moindre note de guitare, au moindre souffle de trombone ou de tuba. Tout est cadeau. La musique a de la mélancolie, oui, mais c'est du bonheur. Alors, quand vient le thème de "La mort viendra et elle aura tes yeux" cette mélodie si claire qui s'engouffre en une ritournelle, cette mélodie qui posément gonfle la voix, grossit puis radoucit le corps des sonorités, en fait, d'un coup, une matière invraisemblable qui se laisse pétrir par la poésie, cette mélodie vraiment, nous emporte. Et le frisson dure.

Barbara Osorovitz - Jazz Magazine


To C from C


The cats will know


In the morning you always come back

 

"Chevallier écrit une partition somptueuse pour un octette* de chambre parfaitement harmonisée dans ses alliages et contrastes, et qui sonne. Dans cette pâte orchestrale circulent Yves Robert et Michel massot (mais je n'aurai garde d'oublier le leader lui-même, ni Denis Charolles).

Tantôt ils s'ajoutent à l'ensemble, tantôt ils en émergent, et quelques sonorités, quelques phrasés, quelques éclats parasitent finement le déroulement de la pièce. Et accessoirement le jazz nous fait un petit signe."

« Entre jazz et lieder, la musique de David Chevallier caresse nos oreilles, originale et jamais redondante avec  celle des poèmes de Pavese. Elise Caron apporte sa troublante fragilité, le timbre d’une voix où se mêlent l’éclat de l’Italie et la noirceur d’un Pavese. Elle emballe le public, charme sans forcer la séduction. Avis aux amateurs d’émotions rares »

Pascale Clermont - Paris Normandie

 

«The Rest is Silence» version duo

Elise Caron : voix
David Chevallier : guitares, machines

Un façon différente de découvrir ce beau répertoire.

 

Elise Caron : voix

David Chevallier : guitares, direction
Yves Robert : trombone
Michel Massot : tubas
Denis Charolles : batterie

Ensemble Octoplus

Annabelle levillain : violon
Véronique Vénuleth : alto
Jérôme Treille : violoncelle
Estelle Desserre : contrebasse

Frédéric Brard : flûtes
Stephen Duchesne : hautbois, cor anglais
Oguz Karakas : clarinettes
Sylvain baudry : basson
François Bonhomme : cor
Nouveau : version en duo (voir plus bas)
THE REST IS SILENCE
D’après « La Mort viendra et elle aura tes yeux » de Cesare PAVESE