Depuis quelques temps, l'engouement pour la musique baroque en France semble avoir gagné nos jazzmen. Après l'adaptation très heureuse des Quatre Saisons de Vivaldi par Christophe Monniot, c'est au tour du guitariste David Chevallier de s'attaquer aux madrigaux de Carlo Gesualdo avec un ensemble mi-vocal, mi-instrumental, où l'on retrouve justement Monniot aux saxophones.
Des madrigaux conçus au tout début du XVIIe siècle pour un ensemble polyphonique à cinq voix dont Chevallier garde la structure en y ajoutant sa guitare, un saxophone et un ensemble à cordes (un alto, un violoncelle et le violon inspiré de Dominique Pifarély sur trois titres).

Le mariage des voix et des instruments est tout à fait réussi, comme l'intrusion subtile du saxophone ou de la guitare à l'unisson des thêmes vocaux, pendant qu'alto et violoncelle assurent une rythmique. Puis au coeur de chaque madrigal s'opère un développement instrumental improvisé qui permet aux musiciens de tirer parti des complexités harmoniques de Gesualdo pour aller au-delà des habituelles ornementations baroques.

Il fallait oser s'attaquer à de tels chefs d'oeuvres et David Chevallier remplit magistralement sa mission. Réactualisant cette musique en y ajoutant couleurs, contrastes et salissures, il prolonge les pulsions assasines de Gesualdo vers un jazz improvisé qui n'oublie jamais d'intégrer le point de vue formel du madrigal.

Lionel Eskenazi - Jazz Magazine / Jazzman