Carlo Gesualdo réinventé

Le guitariste David Chevallier, un quartet d'improvisateurs de jazz et les chanteurs d'A sei voci ont fait tomber une nouvelle frontière, celle du baroque, en investissant, inspirés, le répertoire de Carlo Gesualdo, compositeur du XVIe siècle.

La création française de Gesualdo variations, les madrigaux imaginaires du prince assassin a démontré combien l'intelligence musicale et l'exigence vocale traversent le temps et l'espace. Comme d'autres, Kronos Quartet est l'exemplaire serviteur de répertoires - contemporains et classiques -, et c'est bien dans cette optique que David Chevallier s'est saisi des partitions habitées et écrites par l'Italien Carlo Gesualdo.

Indépendance d'esprit

L'histoire de cet homme de la Renaissance n'a rien à envier aux tumultueuses vies du Caravaggio ou de Michel-Ange : le prince de Venosa, Carlo Gesualdo, assassina sa femme qu'il surprit avec son amant, et quitta aussitôt Naples. Durant ses pérégrinations, Gesualdo rencontra, en exil, la fine fleur des compositeurs de la Renaissance et composa de fameux madrigaux, des formes polyphoniques vocales aussi vertueuses que celle de Monteverdi. Leur audace harmonique allant jusqu'à la limite de la tonalité ne pouvait que fasciner David Chevallier, le créateur de la compagnie pluridisciplinaires Le SonArt, insatiable chercheur de formes et de sonorités.

On pouvait craindre une inadéquation entre les chanteurs d'A sei voci et la musique écrite par David Chevallier, servie par le violoniste Dominique Pifarély, le trublion en chaussettes rouges Christophe Monniot, l'altiste Guillaume Roy qui d'un geste dépenailla son archet - geste impromptu qui rebondit sur le violoncelliste Alain Grange. La musique interprétée soutient des chromatismes musicaux empreints de pulsion de mort, d'amour se mêlant aux voix des soprano - impeccables Anne Magouët et Béatrice Mayo-Felip.
Humeur sensuelle, tendre, et désespérée distillée par le contre-ténor Frédéric Bétous, le ténor Édouard Hazebrouck et l'étonnante basse Arnaud Richard : chacune des voix maintient la justesse de l'ensemble.
Ces mélodies frémissantes baroques, réinventées par David Chevallier, traduisent l'indépendance d'esprit d'un compositeur qui, aujourd'hui, trouve de contemporaines résonances.

Veneranda Paladino, Les Dernières Nouvelles d'Alsace.